En mai 2007 j'ai réalisé l'interview d'
Eric Digaire, bassiste de
Matmatah. Le groupe venait de commencer la tournée de son dernier album
La Cerise, dernier sorti... et dernier tout court. Hé oui, le groupe a malheureusement annoncé sa séparation début novembre, non je n'ai rien à voir là dedans!
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Matmatah est un groupe français qui existe depuis 12 ans. Avec 4 albums à son actif et de nombreux concerts en France ainsi qu'en Russie, en Australie et en Inde, leur quatrième album « La Cerise » sorti au mois de mars 2007 est en bonne voie pour rejoindre les autres sur les rails du succès. Le premier single du même nom passe depuis plusieurs semaines à la radio. Sans oublier les tubes que vous connaissez certainement comme «Lambé An Dro » ou plus récemment «Au conditionnel ». Leur tournée ayant commencé depuis plusieurs semaines, j'ai posé quelques questions à Eric Digaire, bassiste du groupe:-Pour commencer, une question bateau, qu'est-ce qui vous a poussé à monter un groupe ?C'était un rêve de gamin. Depuis les premiers disques qu'on a pu acheter, on s'est dit qu'un jour on arriverait à faire des chansons et que nous aussi on arriverait à être sur scène. Il y a des gamins qui rêvent d'être pompiers, nous on a rêvé d'être sur scène.
-Quels groupes appréciez-vous en ce moment ?Quand on est en enregistrement ou en tournée, on n'a pas trop le temps d'écouter de la musique. Mais en ce moment, il y a pas mal d'artistes qui sortent du lot comme Florent Marchais, Renan Luce, the Strokes ou the Hives. Mais on écoute aussi de la musique de notre époque. Dernièrement les deux groupes qui nous ont le plus touchés sont les groupes qu'on a en première partie : Craftmen Club et Lazhar.
-Votre dernier album s'appelle « La Cerise », pourquoi ce nom ?Nous étions partis sur une idée de visuel un peu sobre et sombre et nous avions envie d'un titre un peu frais. On s'est dit « tiens, pourquoi pas 'La Cerise' ? ». En fait, c'est une chanson qui est arrivée un peu tardivement sur l'album et qui nous a plu. Notre entourage, qui n'avait pas les mêmes idées, ne comprenait pas pourquoi nous nous attachions à cette chanson. Par esprit de contrariété, nous avons appelé l'album « La cerise » et puis un jour on s'est dit que si on appelait l'album « la cerise », tout le monde nous demanderait pourquoi, et quand il y a un titre qui attire la curiosité des gens, c'est que tu as fait ce qu'il fallait. Notre entourage avait peur des blagues comme « la cerise sur le gâteau », mais c'est comme quand tu as un enfant et que tu décides de lui donner un prénom, tout le monde peut lui trouver des surnoms ou faire des jeux de mots mais c'est comme ça que tu avais envie de l'appeler. Nous considérons nos chansons et nos albums comme des enfants.
-Comment s'est passé l'enregistrement de cet album ?Ca a été plus facile que pour « Archie Kramer » (3ème album, ndlr) car avant l'enregistrement on a réfléchit à comment s'étaient passés les trois premiers enregistrements et on a gardé tout ce qui s'était bien passé et on a essayé de corriger tout ce qui nous avait dérangé. On s'est adjoint à un réalisateur artistique Thierry Garacino et un mixeur Scott Greiner. On a donc trouvé l'équipe avant de partir dans un studio qui correspondait à ce qu'on avait envie de faire : c'est-à-dire enregistrer des titres live dans un studio qui sonne avec du bon matériel. On est parti au studio Vega près de Carpentras pour enregistrer les titres et on est revenu à Brest dans notre petit local pour la phase finale. Ca s'est passé plus facilement et plus rapidement, et puis quand tu es un groupe français qui a déjà fait 3 albums, ce qui est rare, tu y vas un peu plus sereinement.
-Vous êtes plus fixés sur l'avenir si j'ai bien compris ? Oui, on est toujours tourné sur ce qui va arriver. Il y a toujours des gens qui pensent que nous sommes les mêmes que lorsque nous avons sorti les chansons « Lambé an dro » ou « L'apologie » mais on avait 18 ou 19 ans. Maintenant on a 35 ans en moyenne et on n'a plus les mêmes intérêts. On se dit que l'album est fini et qu'on part sur une longue tournée qui devrait durer jusqu'à la fin de l'été 2008 !
-Voulez-vous faire passer des messages à travers vos chansons ?On a envie de parler aux gens et qu'ils se reconnaissent dans ce qu'on dit avec de l'humour, de l'ironie et du second degré. On fait de la musique, pas de la politique mais effectivement quand on a des choses à dire on essaie de les faire passer.
-Vous étiez en concert le 21 avril à Lille à l'occasion du festival Scène en Nord. Pourquoi avez-vous décidé de jouer avec des artistes encore peu connus comme The Versus ou Rodrigue?Pour ce festival, on n'a rien décidé. En fait on était parti sur une tournée Matmatah pour des dates avec une première partie, mais les étudiants qui ont monté ce festival nous ont appelés et ont été très sympathiques. On a accepté, même si très vite on a su que ce n'était pas une bonne idée car c'était la veille du premier tour des élections mais sinon les festivals c'est bien, tu découvres des groupes et quand c'est organisé comme ça par des associations d'étudiants, ça laisse la place à ceux qui commencent.
-Comment la préparation de cette tournée s'est-elle passée ?C'était cool, parce que quand tu pars en tournée avec 4 albums derrière toi, c'est déjà plus facile car tu as plus de titres et comme le dernier album est très live, à la sortie du studio nous étions prêts à jouer sur scène. On ne fait pas encore tous les titres de « La cerise » mais ça risque d'arriver, on n'est qu'au début de la tournée. Sinon on a regardé les albums qu'on avait et les titres qu'on avait envie de jouer et puis on les a organisés dans un ordre précis et ça s'est fait très facilement. En studio on avait déjà choisi le matériel et on a la même équipe qui nous suit depuis le début. Au bout de 11 ans d'existence, plus de 1000 concerts, on connaît un peu le métier, l'expérience il n'y a rien de tel !
-Lors de votre dernière tournée pour « Archie Kramer » vous avez fait quelques concerts en Inde et en Australie. Comment avez-vous été accueillis dans ces pays ? Très bien à chaque fois. La première fois qu'on a joué à l'étranger, c'était à Hong-Kong, après on est allé jouer en Russie. En fait, tu peux jouer dans des pays francophones qui connaissent ce que tu fais et il n'y a pas d'appréhension, et quand tu arrives dans des pays qui n'ont pas la même langue, pas la même culture, tu as toujours le stress mais ça se passe bien. C'est ce qu'on dit depuis le début, la musique est universelle. En Inde, au début les gens étaient timides puis ils sont rentrés dans l'ambiance et ça a été magique : la scène était envahie à la fin des concerts, nous avions de longs remerciements et ils étaient contents, ils avaient passé une bonne soirée. Ca ferait beaucoup de bien à pas mal d'artistes de faire ça, c'est-à-dire arriver sur scène sans que les gens te connaissent, tu dois les séduire et ça remet les idées en place.
-Donc ça a été une bonne expérience ?Oui, même en Australie où c'était un peu plus organisé par les ambassades et où c'était un public qui nous connaissait un peu, il y avait quand même des gens qui venaient découvrir notre musique. C'est la fête dans chaque pays, c'est aussi pour ça que cette année on va aller par exemple à Montréal, en Allemagne, en Pologne et aux Pays-Bas. Les voyages, les rencontres, ça nous plait. Si on ne vit rien, on n'a rien à raconter dans nos chansons. Donc on va continuer à voyager et à faire notre « tour du monde », sans oublier la France!
-Dernière question, de plus en plus de jeunes forment des groupes, quels conseils leur donneriez vous ?Il ne faut pas aller plus vite que la musique... quand on voit ce qu'il se passe avec les Plasticines ou les Naast qui sont des groupes d'ados à qui on offre un disque qui passe sans arrêt à la radio, on les met sur scène sans avoir encore de vrai public. Si tu fonces c'est bien, mais c'est un peu comme les trucs genre Star Ac', si tu ne prends pas le temps de rencontrer ton public, ça ne marche pas. Il ne faut pas oublier que la seule vérité de la musique, c'est la rencontre avec les gens, ce n'est pas de passer à la radio, de faire un clip très diffusé ou faire la couverture d'un magasine de rock. Il faut prendre le temps de plaire à un petit public de 10 personnes qui va s'agrandir après par effet boule de neige. Le métier de la musique s'apprend en jouant devant des gens, pas en voulant absolument faire un album et devenir des stars. Ce n'est pas parce que tu as fait la couverture d'un magazine que tu as appris le métier.
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Vus 5 fois:
18 octobre 2005, Lille
21 avril 2007, Lille
27 Juillet 2007, Etaples s/ Mer
13 octobre 2007, Dour
24 août 2008, Bruxelles